Tests et suivi d’une lance perforante à ultra haute pression (UHP) contre l'emballement thermique des batteries de véhicules électriques.
Créé le 07/09/26
Lorsqu’une voiture électrique s'embrase, son extinction peut mobiliser jusqu’à 8 heures d’intervention et nécessiter près de 30 000 litres d'eau. Le Sdis du Val-d'Oise conduit une étude en conditions réelles d’une lance perforante à ultra haute pression qui pourrait diviser par dix la consommation d'eau et réduire de quatre fois la durée des opérations.
Un défi croissant pour les secours
L'essor des véhicules électriques pose un nouveau défi aux sapeurs-pompiers : l'emballement thermique des batteries lithium-ion. Lorsqu'une cellule s'enflamme, une réaction en chaîne se déclenche à l'intérieur du boîtier de batterie, rendant l'extinction particulièrement complexe.
Le Sdis 95 intervient en moyenne 70 fois par an sur des feux de véhicules avec nouvelles énergies alternatives (gaz naturel pour véhicules, gaz naturel comprimé, hydrogène, électriques, hybrides), dont une dizaine présentent des difficultés spécifiques liées à des emballements thermiques de batteries. Un chiffre appelé à grimper : la production de véhicules électriques en France doit être multipliée par six d'ici 2030, pour atteindre 4 millions d'unités, soit 22 % de la production automobile européenne.
Face à ce constat, le Commandant Gilles Devantoy, chef du groupement Analyse et prospective du Sdis 95 et référent départemental et zonal Île-de-France sur les feux de véhicules, pilote un projet de recherche ambitieux : évaluer sur le terrain une nouvelle génération de lance perforante capable de traiter ces incendies plus vite, avec beaucoup moins d'eau.
Une technologie qui pourrait transformer les pratiques opérationnelles
Les protocoles actuellement en vigueur reposent sur l'utilisation simultanée de deux lances conventionnelles, avec un coût élevé tant en eau potable qu'en temps d'intervention :
- 500 litres d'eau par minute et par lance, deux lances mobilisées simultanément.
- Près de 30 000 litres d'eau consommés pour une seule intervention.
- Dans les cas les plus défavorables, il faut jusqu’à 8 heures d'intervention en moyenne face à un emballement thermique avéré.
- 6 sapeurs-pompiers au minimum mobilisés tout ce temps, quand un feu de véhicule thermique classique s'éteint en moins de 30 minutes avec moins de 3 000 litres d'eau.
La lance UHP, une technologie adaptée à un nouvel usage
La lance UHP fonctionne différemment : elle perfore le boîtier de la batterie puis injecte de l'eau directement au contact des cellules en surchauffe, ciblées grâce à une caméra thermique.
L'objectif est d'agir au cœur du foyer sans arroser massivement l'ensemble du véhicule. Aucune étude opérationnelle de longue durée n'a encore été menée en France sur cette technologie appliquée aux batteries électriques.
Une méthodologie de terrain sur une année complète
Depuis deux ans, le Sdis 95 a mené, avec l'appui du Sdis de l'Essonne (Sdis 91), une première phase d'essais de brûlage de véhicules électriques, instrumentés par des laboratoires spécialisés. Ce nouveau projet va plus loin avec un suivi de terrain en conditions réelles sur une année complète.
Chaque intervention fera l'objet d'un protocole standardisé documentant le type de véhicule, la batterie, les volumes d'eau consommés, les durées d'intervention, les températures avant et après extinction et les conditions de sécurité. Ces données seront ensuite comparées aux statistiques historiques recueillies lors d'interventions menées avec les lances conventionnelles.
Des partenaires scientifiques et industriels de premier plan
Ce projet mobilise un large réseau d'experts, gage de la rigueur scientifique de la démarche.
Partenaires institutionnels :
- DGSCGC (ministère de l’Intérieur, Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises)
- Zone de défense et de sécurité de Paris / Île de France
- SDIS 91
Partenaires scientifiques
- Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques)
- LCPP (Laboratoire Central de la Préfecture de Police de Paris)
- NIPV (Institut Néerlandais de la sécurité publique)
- CTIF (Comité technique international de prévention et d’extinction de feu)
Partenaires industriels
Des bénéfices attendus pour l’ensemble de la filière
L’utilisation de cette lance perforante pourrait apporter des gains significatifs : une consommation d'eau fortement réduite, de l'ordre de quelques centaines de litres contre plusieurs dizaines de milliers aujourd'hui, et des interventions ramenées à environ deux heures.
Si ces résultats sont confirmés, ils pourraient faire évoluer les doctrines d'intervention, réduire l'exposition des sapeurs-pompiers aux risques et améliorer la disponibilité des équipes de secours.
À cela s’ajoute un impact environnemental non négligeable : en consommant dix fois moins d’eau, soit seulement 300 litres au maximum, nous réduisons également d‘autant les rejets d’eau polluée.
Un projet qui dépasse la seule voiture électrique
Au-delà des voitures particulières, les enseignements de cette recherche pourraient être transposés à de nombreux autres usages des batteries lithium-ion : véhicules lourds, engins spécialisés, systèmes de stockage d'énergie associés aux centres de données ou aux fermes photovoltaïques, nouvelles mobilités (trottinettes et gyropodes) et, demain, les futurs aéronefs électriques à décollage vertical.
Partager les résultats avec toute la profession
Le projet prévoit une restitution des résultats à grande échelle :
- Présentation des résultats lors du congrès national des sapeurs-pompiers de France à Bordeaux en octobre 2027 et lors des conférences nationales liées aux services d’incendie et de secours,
- Diffusion dans les médias audiovisuels et presse,
- Publication sur les sites spécialisés et sur les réseaux sociaux
- Diffusion auprès des ministères de l'Intérieur, de l'Écologie et des Transports,
- Échanges avec les constructeurs automobiles partenaires,
- Partage avec le milieu assurantiel.
En s'appuyant sur des données recueillies en conditions réelles, le Sdis 95, ses partenaires et la Fondation MAIF ambitionnent de produire des connaissances directement mobilisables par l'ensemble des services d'incendie et de secours. L'objectif est de faire émerger des pratiques plus efficaces, plus sobres en eau et plus sûres pour les intervenants.
Ce projet illustre pleinement la mission de la Fondation MAIF : financer une recherche appliquée, fondée sur des données de terrain, afin de prévenir les risques liés aux nouvelles mobilités et de renforcer la sécurité de tous.
Organismes de recherche et partenaires
SDIS 95 Service départemental d'incendie et de secours du Val d'Oise
Partenaires institutionnels et scientifiques associés :
Le ministère de l'Interieur - Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises (DGSCGC)
Zone de défense et de sécurité de Paris (ZDS)
SDIS 91 Service départemental d'incendie et de secours de l'Essonne
INERIS Institut national de l'environnement industriel et des risques
LCPP Laboratoire Central de la Préfecture de la Police de Paris
NIPV Institut néerlandais de la sécurité publique
CTIF Comité technique internationales de prévention et d'extinction de feu
Principaux intervenants
Commandant Gilles DEVANTOY, SDIS 95
Date de début / Durée
18 mois