Durabilité des constructions en terre : un patrimoine à préserver

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Ce projet étudie les causes de la dégradation des constructions en terre crue pour protéger le patrimoine et favoriser un bâti écologique et résilient.

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Créé le 08/01/26

Matériau millénaire et écologique, la terre crue revient au premier plan dans la construction durable. Ce projet propose d’analyser les mécanismes qui provoquent sa dégradation dans un climat qui évolue pour pouvoir à terme préserver le patrimoine et sécuriser son usage futur.

Un patrimoine à risque et un enjeu économique

En France, 2,3 millions de bâtiments sont construits en terre crue, et 5 % à 8 % présentent des désordres structurels nécessitant une intervention urgente. Cela représente jusqu’à 184 000 bâtiments potentiellement concernés.

Les rénovations mal adaptées coûtent en moyenne 42 % plus cher qu’une intervention maîtrisée, soit 15 000 € de surcoût pour une maison de 100 m². À l’échelle nationale, les pertes liées à ces erreurs sont estimées entre 180 et 230 millions d’euros par an.

Pourquoi la construction en terre est-elle essentielle ?

La terre crue est un matériau utilisé depuis des siècles. Elle représente encore aujourd’hui 15 % du patrimoine bâti ancien en France, et à peu près 12 % de la population mondiale vit dans des maisons en terre.

Ses avantages sont multiples :

  • Faible empreinte environnementale : un matériau local, peu transformé, sans cuisson.
  • Confort hygrothermique remarquable : inertie thermique élevée, régulation naturelle de l’humidité et de la température, meilleure résilience face aux vagues de chaleur.
  • Richesse patrimoniale : du pisé de la région lyonnaise à la bauge de Bretagne ou aux adobes d’Occitanie, chaque technique raconte une histoire et un savoir-faire local.

Pourtant, malgré ses atouts, ce matériau est sensible aux mauvaises pratiques de rénovation et aux actions climatiques (infiltrations, remontées capillaires, gels-dégels). Ces erreurs peuvent mener à des dégradations structurelles, voire des effondrements.

Erreurs de rénovation à éviter

Pour préserver les constructions en terre, certaines pratiques doivent absolument être bannies :

  • L’utilisation d’enduits au ciment ou de pare-vapeur car ils empêchent la respiration du mur et retiennent l’humidité.
  • Le rehaussement du terrain au contact du mur car cela favorise les infiltrations et les remontées capillaires.
  • Les produits chimiques non compatibles car ils peuvent fragiliser la cohésion des particules d’argile.
  • Le recours à des techniques de béton armé pour réparer des murs en terre car ces interventions créent des zones rigides et des fissurations supplémentaires.

Objectifs du projet

Mené par l’Université Gustave Eiffel et l’Université de Poitiers, sous la responsabilité de Fionn McGregor, le projet a trois objectifs principaux :

1. Analyser la durabilité des matériaux en terre crue à l’échelle microscopique pour comprendre comment ils évoluent dans le temps.

2. Identifier des indicateurs fiables de « bonne santé » du matériau, afin de détecter des signes précoces de dégradation invisibles à l’œil nu.

3. Fournir des recommandations concrètes pour la construction neuve et la rénovation, afin d’éviter des interventions inadaptées qui fragiliseraient les bâtiments.

Une méthodologie scientifique innovante

Le projet repose sur des outils et protocoles rarement utilisés sur le bâti patrimonial :

1. Prélèvements inédits sur sites historiques

Une méthode spécifique sera développée pour prélever des échantillons sans dégrader les bâtiments et en préservant la microstructure du matériau.

2. Analyses de pointe

  • Diffraction des rayons X en deux dimensions (2D-XRD) : permettra de caractériser l’orientation des particules argileuses.
  • Tomographie et microscopie électronique : offriront une vision 3D et fine de la microstructure.
  • Analyse chimique et minéralogique : pour détecter la présence de sels et autres agents de dégradation.

3. Définition d’indicateurs de durabilité

Ces analyses permettront de créer des référentiels d’état sain et de développer des outils de diagnostic rapide utilisables lors des expertises de bâtiments anciens et des contrôles de qualité des constructions neuves.

Résultats attendus

À l’issue du projet, plusieurs livrables majeurs seront prévus :

  • Indicateurs de durabilité exploitables par les experts et artisans.
  • Atlas des pathologies microstructurales pour mieux comprendre et prévenir les dégradations.
  • Recommandations pour la rénovation des bâtiments anciens et la construction neuve.
  • Outils pédagogiques (guides pratiques, vidéos explicatives) à destination des professionnels du bâtiment et du grand public.

Un projet tourné vers l’avenir

En alliant sciences des matériaux, préservation du patrimoine et transition écologique, ce projet contribuera directement à la résilience du secteur du bâtiment et à la valorisation des savoir-faire locaux.


Organismes de recherche et partenaires

Principaux intervenants

Fionn MCGREGOR, CPJ, Directeur de recherche du développement durable, université Gustave Eiffel

Baptiste DAZAS, université de Poitiers

Constance MAHLBERG, université Gustave Eiffel

Date de début / Durée

36 mois, depuis le 02/12/25