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Trottinettes électriques : un nouvel OVNI ?

Une étude sur les usages et les modèles de déplacements des trottinettes au milieu des autres usagers de la route

Couple en train de se balader en gyropode

Créé le 24/09/18, modifié le 14/12/21

Quasiment absentes de nos citées il y encore seulement quelques années, les trottinettes électriques sont maintenant omniprésentes. Cette conquête ne doit rien au hasard, la trottinette offre une nouvelle liberté de circulation, apparaît comme une alternative aux autres modalités de transports urbains et permet des vitesses de déplacement élevées. 


Cette rapidité de déploiement associée à une relative anarchie des premiers instants a précipité les pouvoirs publics vers une régulation et un encadrement afin de préserver l’espace public et une saine cohabitation avec les autres usagers des voies de circulation. 

Connaître les usages

Ce projet de recherche, initié en 2018 se proposait d’apporter de nouvelles connaissances envers un usage qui apparaissait alors comme un phénomène quelque peu incontrôlé. Dans un premier temps, il s’agissait de mieux comprendre les motivations des utilisateurs de trottinettes électriques. Une enquête a été réalisée dans Paris auprès de quelques 600 personnes juchées sur une trottinette.

Des enseignements majeurs en sont ressortis :

  • la très grande majorité des répondants déclarent ne pas être propriétaire de leur engin ;
  • le profil type de l’utilisateur est un homme, jeune, ayant des ressources financières limitées, plutôt étudiant et célibataire ;
  • leurs modes de transport privilégiés sont la marche à pied et les transports en commun ;
  • la trottinette se substitue en priorité à l’un et/ou l’autre de ces deux modes de transports (72%) et génère peu de déplacements en propre (6%)
  • les principales motivations sont le gain de temps pour le déplacement suivi de l’aspect ludique de l’engin ;
  • l’objet du déplacement est plus lié au divertissement (balade, accès à un lieu de loisir) qu’à une obligation utilitariste (travail, étude, shopping).

Cette « carte d’identité » brossée début 2019 s’et déformée ces dernières années sous la contrainte de la législation, des politiques des élus locaux, de la crise sanitaire. Le taux d’utilisateurs propriétaires de leur trottinette a augmenté, les opérateurs ont fait des efforts de rationalisation des flottes. Mais nous pensons, que les enseignements tirés de cette enquête restent encore d’actualité.

Focus sur les risques et les mises en danger

Un second volet de l’enquête portait plus spécifiquement sur les comportements des trottinettistes et sur leurs conséquences en termes d’accidentalité. Les répondants déclarent peu d’accidents (3%) et pour la plupart sans gravité.

En revanche, le danger est bien présent dans la mesure ou, de manière spontanée, les personnes interrogées confessent des comportements incluant quelques libéralités lors de la conduite d’une trottinette :

  • 48 % en faisant usage d’un smartphone ;
  • 37 % en groupe ;
  • 30% au moins une fois après avoir consommé de l’alcool ;
  • 17% une fois après avoir consommé des stupéfiants.

Une fois encore, cette enquête, datée de début 2019, donc antérieure à l’intégration des trottinettes dans le code de la route en septembre 2019 et la loi LOM publiée en décembre 2019, aurait probablement des conclusions différentes si elle devait être reproduite aujourd’hui. Pour autant, les accidents graves mettant en jeu des trottinettes, quasi inexistants en 2018, alimentent aujourd’hui les statistiques de l’ONISR et défrayent la chronique. Les comportements restent encore empreints d’imprudence. Le respect du tout nouveau code de la route est très relatif, surtout pour les personnes utilisant des trottinettes en free floating.

Modélisation des déplacements et des trajectoires des trottinettes électriques

L’équipe de recherche a fait le constat qu’il n’existait aucun logiciel de simulation du trafic urbain pour étudier leurs mouvements et leurs flux. Pour pouvoir utiliser les modèles existants ou en créer un original, il devenait nécessaire de confronter le réel aux modèles disponibles.


Pour cela des caméras ont été installées sur des voies publiques partagées par plusieurs types d’usagers, dont des trottinettes électriques. Les trajectoires des trottinettes issues de ces captations ont été décryptées par des algorithmes et injectées dans des modèles pour en mesurer leur pertinence. Il s’avère que le mouvement des trottinettes présente des particularités qui ne permettent pas de les assimiler à un moyen de transport déjà connu :

  • elles ont des vitesses de déplacement comparables à celles d’un scooter;
  • la distance entre les autres usagers est proche de celle des vélos ou des piétons;
  • elles sont très différentes des piétons : plus rapides (mouvement + réactions).

  

Ces observations ont servi de base au développement d’un simulateur qui permet de visualiser concrètement les interactions qui existent entre les trottinettes et les autres usagers de la route et de voir comment l’introduction de quelques facteurs comportementaux influe sur le niveau de risque de collision (vitesse, alcool, conditions d’éclairage, etc.).

Conclusion

Très innovant lors de son lancement fin 2018 ce projet a, comme beaucoup, été dépassé par l’ampleur de l’adoption de la trottinette électrique dans les grandes cités. Néanmoins, il aura permis de dégager des connaissances nouvelles et d’apporter des éléments chiffrés et descriptifs.

Les premières frénésies et l’empirisme des premiers instants ont été rabotés par les pouvoir publics, à juste titre. La trottinette électrique présente d’indéniables atouts et a certainement sa place dans un mix de transports urbains où les véhicules à 4 roues seraient moins majoritaires. Cette étude démontre aussi que la trottinette reste dangereuse car rapide, peu visible et vulnérable.

Aussi, découvrez le webinaire du MAP du décembre 2021 (l'observatoire des experts de la mobilité) : Les EDPM - Point sur le parc roulant et les usages en France, avec la participation de Jean-Marc TRUFFET, responsable communication et projets de la Fondation MAIF.

Code du projet

ORNISIM

Organismes de recherche et partenaires

Université Gustave Eiffel (ex-IFSTTAR) Laboratoire Génie des Réseaux de Transport Terrestres et Informatique Avancée (GRETTIA)

Université de Patras laboratoire des transports et de l'ingénierie du trafic (TESS)

Principaux intervenants

Zoi CHRISTOFOROU, Consultante, maître des conférences, Ecole Nationale des Ponts et Chaussées

Régine SEIDOWSKY, Directrice adjointe du COSYS/GRETTIA

Yorgos J. STEPHANEDES, Professeur à l’Université de PATRAS

Date de début / Durée

SEPTEMBRE 2018, 24 mois

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