Nos photos, les réseaux sociaux, l'Internet, quels sont les risques ?

Nos données personnelles servent à nous profiler, surtout nos photos. Quelles précautions à prendre ? Focus sur une recherche du CEA

Femme déguisée qui fume un joint factice

Le monde est devenu un théâtre ou chacun se met en scène, chaque occasion de vie devient un prétexte à communiquer vers ses parents, ses amis, ses communautés et quoi de plus évident de le faire avec une photo ?

En publiant des photos, vous faites le choix d’exposer et de transmettre vers l’extérieur une partie de votre vie privée.

Votre vie vous appartient, vos choix vous appartiennent mais vous ne maîtrisez jamais totalement la manière dont ces photos vont se propager sur Internet et vous ne maîtrisez absolument pas les interprétations qui pourront en être faites par la suite.

Car les réseaux sociaux deviennent progressivement une source d’information utile pour mieux vous connaître, surtout lorsqu’il est important de cerner votre personnalité, vos cadres et habitudes de vie. Par exemple, à l’occasion de la recherche d’un logement ou lors d’une recherche d’emploi.

Quelles sont les utilisations potentielles de vos photos publiées sur Internet ?

Les principaux réseaux sociaux vivent grâce à vos données personnelles car elles leur permettent de vous associer à des profils, lesquels sont vendus for cher à tous les annonceurs de la planète ou aux producteurs de contenus. Vous êtes un consommateur d’informations, les médias numériques sont payés pour vous faire consommer les informations supposées vous convenir.

Dans la panoplie d’outils disponibles pour mieux vous cibler, l’intelligence artificielle joue un rôle prépondérant car elle est capable de remplacer des milliers d’humains, à condition d’être alimentée correctement pendant les phases d’apprentissage. L’analyse contextuelle des images a fait des progrès spectaculaires ces dernières années. Les personnages et les objets sont de mieux en mieux reconnus, les prochaines évolutions consisteront à associer les choses à des concepts. Par exemple : bouteille avec alcool, foule avec fête, forêt avec nature.

Ces techniques de reconnaissance d’images et d’interprétation de situations vont progressivement se démocratiser et se diffuser dans des entreprises dont les métiers incluent des fonctions de « profilage » ou de scoring de leurs clients : les banques, les assurances, les centres de recrutement, etc.

Pendant que la technologie avance, les humains continuent à « faire le job ». Aujourd’hui, il reste assez simple de consulter un profil Facebook ou une page Instagram ou de vérifier si une personne a déjà été repérée par Google. C’est comme une carte de visite numérique mais sur laquelle on trouve bien plus que nom, prénom, adresse.

Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) mis en place par la CNIL en mai 2018 offre des garanties sur l’utilisation de vos données personnelles et exige votre assentiment explicite. Il agit donc comme un protecteur et limite les abus. C’est exact, mais en confiant vos données à des réseaux sociaux, vous signez un contrat qui permet à leurs propriétaires une exploitation assez large de vos données personnelles, il faut prendre le temps de lire l’intégralité des clauses pour s’en rendre compte. De plus, si vos données personnelles sont réputées être dans un espace « public », c’est-à-dire non protégées par des clauses de confidentialité, leur utilisation ponctuelle est autorisée.

Alors comment faire pour se protéger ?

Dans un premier temps, mettre en place des stratégies de séparation et des règles de confidentialité rigoureuses dans les outils de réseaux sociaux que vous utilisez. Les informations publiques doivent se limiter à un strict minimum et rester d’une grande neutralité.

Une autre stratégie de protection consiste à prendre conscience du risque d’image que contiennent vos photos, en d’autres termes : qu’est-ce que vos photos disent de vous ?

C’est le point de départ de la recherche conduite par une équipe interdisciplinaire du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA LIST) et l'Université Paris-Sud/Paris-Saclay.

Une première phase du projet a permis de vérifier que des grandes institutions bancaires ou des compagnies d’assurance ne se cachaient pas, dans leurs CGU (Clauses Générales d’Utilisation), d’une utilisation des données personnelles accessibles dans les phases d’analyse des demandes de leurs prospects ou clients.

Ensuite, le projet a conçu une application smartphone, intégrant une intelligence artificielle, qui scanne toutes les photos présentes dans la mémoire du téléphone, ainsi que celles publiées sur Facebook et Instagram et qui met en exergue toutes celles comportant un risque d’interprétation négative : situations avec de l’alcool, présence de nourriture trop grasse ou trop sucrée, pratique de sports extrêmes.

Cette application travaille localement, sur votre smartphone, sans aucun transfert de données personnelles vers aucun serveur externe. La pertinence de son analyse provient d’un apprentissage réalisé à partir de milliers de photos de banque d’images associées à des mots clef de description.

Elle devrait être bientôt disponible pour une diffusion large et gratuite.

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