Mes doubles et moi. Du bon usage des photos sur les réseaux sociaux

Il y a ce que nous sommes, ce que nous donnons à voir de nous sur les réseaux sociaux et ce que les autres interprètent. Plusieurs versions de la même réalité ?

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L’utilisation des réseaux sociaux et plus globalement les outils digitaux qui sont à notre disposition en permanence ont progressivement modifié nos relations avec le monde physique et réel. Aujourd’hui, bien souvent, la toute première interaction sociale entre deux personnes qui ne se connaissent pas se concrétise au travers des informations disponibles sur les réseaux sociaux, en particulier avec les photos.

Un sujet de recherche pour le CEA LIST et l'université Paris Sud.

Pour se faire ouvrir les portes, il faut montrer patte blanche

Notre vie sociale implique des accès à des « commodités » comme un emploi, un logement, un crédit, une assurance, etc. Elles requièrent toutes une certaine « normalité » définie en général par des codes ou des scores. Les fournisseurs de ces services vont utiliser, de manière déclarée ou masquée, des informations pour qualifier le demandeur et minimiser les risques de mauvaise sélection. Et il est assez facile de consulter les informations disponibles sur les réseaux sociaux à partir du moment où elles ne sont pas protégées dans des espaces privés.

L’appréciation qualitative qui sera faite d’une photo dépend fortement de l’histoire et de la culture de celui qui la regarde. Cette appréciation peut donc être aux antipodes de la vraie personnalité de celui qui a publié la photo, car il sera fait abstraction du contexte, des conditions et des finalités de la publication.

Nous n'avons pas tous le même regard sur le monde

S’il n’est pas possible de maîtriser le regard de l’autre, il est donc important de contrôler ses publications. Le premier réflexe consiste à séparer clairement les sphères privées et publiques en utilisant les outils de paramétrage des réseaux sociaux. Ensuite, il faut prendre garde à la dissémination des photos par l’intermédiaire des personnes destinataires. Enfin, pour se protéger, préserver son anonymat numérique et éviter les mauvaises surprises, il faut avoir un œil critique sur ce que les photos révèlent ou peuvent révéler.

Exemple : il est possible de penser qu’une personne est addicte à l’alcool :

· avec des photos explicites où cette personne absorbe des boissons alcoolisées ;

· avec des photos où cette personne est avec des gens qui consomment de l’alcool ;

· avec des photos où cette personne se trouve dans des lieux publics ou privés dans lesquels il est possible de consommer de l’alcool;

même si, dans les deux derniers cas, cette personne ne consomme jamais d'alcool !

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Des algorithmes pour nous aider à faire le tri 

Une fois encore, l’interprétation de vos photos par une personne qui ne vous connaît pas vous échappe complètement. Pour éviter ou limiter le risque de mauvaise interprétation, une équipe de recherche du Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives, Institut CEA LIST  et de l’Université Paris-Sud travaille sur la production d’un algorithme de classification des photos. Ils souhaitent mettre en exergue cinq caractéristiques : consommation d’alcool, consommation de drogues, orientation sexuelle, préférence politique et pratique de sports extrêmes que l’algorithme pourrait déduire de l’analyse des photos.

La sélection des photos se fera sur le smartphone : photos résidentes et photos accessibles sur le profil Facebook. Après analyse, un diagnostic sera proposé à la personne avec la possibilité d’effacer les photos les plus impliquantes.

Le projet de recherche devra aussi faire la démonstration que les caractéristiques alcool, drogues, et orientation sexuelle rentrent dans les processus de sélection des candidats à des emplois, à des crédits ou à des assurances.

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