Une voiture plus connectée pour être plus autonome ?

Quelles étapes, quels freins, et quels enjeux pour les transports du futur ?

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Marc Rigolot, directeur de la Fondation MAIF, est intervenu lors de la table ronde sur les transports du futur à l’occasion de la Mêlée Numérique de Toulouse du 30 septembre 2019. Ce débat réunissait des intervenants de différents domaines : équipementiers (Continental), spatial (CNES), voiture électrique (Ze-Watt), collectivité (Toulouse Métropole). Lors d’une Keynote d’introduction, Marc s’est appuyé sur les travaux actuels et passés de la Fondation MAIF pour décrire la situation actuelle et la réalité du terrain pour ces voitures présentées comme autonomes.

Serons-nous prêts un jour à accueillir sur nos routes des voitures vraiment autonomes, sans intervention du conducteur ?

Aujourd’hui, les véhicules sur le marché en France relèvent d’un niveau 2 qui consiste en une automatisation partielle de fonctions centrales telles que la direction et la vitesse. La vigilance du conducteur reste indispensable et il doit garder les mains sur le volant à tout moment. Nous connaissons déjà certaines ADAS (les systèmes avancés d’aide à la conduite, en anglais Advanced Driver Assistance Systems) utilisées pour atteindre ce niveau d’autonomie comme les capteurs pour voir dans les angles morts, le maintien d’un véhicule dans la voie, la régulation de vitesse adaptative ou le freinage d’urgence. Elles sont très performantes, mais comme les tests menés par l’UTAC en collaboration avec la Fondation MAIF le prouvent, les fonctionnalités de ces véhicules ont encore une faible répétabilité, et donc ne réussissent pas toujours à réagir face à un scénario donné sans intervention du conducteur. Nous sommes encore loin de la voiture autonome à 100 %.

L’écosystème autour de la voiture autonome

L’écosystème qui place la voiture autonome à son cœur est très complexe. Bien sûr, les premiers concernés sont les constructeurs et les équipementiers automobiles. Il existe aussi tout un univers qui gravite autour tel que les fabricants d’objets high-tech, les GAFAM, les fournisseurs de services en ligne et d’infrastructures, ainsi que les compagnies de télécommunication.

Les équipementiers :

  • font des expériences avec les voitures connectées pour faire des avancées au niveau de la sécurité, notamment via le partage d’informations entre véhicules, via un cloud doté d’intelligence, permettant de pousser des alertes par exemple.

Les experts en études spatiales :

  • pourraient via le système européen Galiléo, offrir un positionnement plus performant que le GPS américain actuel. Un point clé pour aller vers une véritable autonomie ;
  • et leur savoir-faire important en traitement de l’image pourrait être utilisé pour améliorer l’interprétation des images issues des caméras des voitures.

Les villes intelligentes :

  • partagent une quantité importante de données auprès des écosystèmes de la mobilité pour améliorer les flux et les comportements ;
  • développent des expérimentations : à Toulouse par exemple, de nouvelles navettes autonomes seront bientôt déployées en phase de test dans des zones spécifiques de la ville.

Les paroles des leaders en construction automobile

L’époque des grandes annonces à la Elon Musk est révolue. Aujourd’hui les acteurs sont plus prudents lorsqu’il s’agit d’évaluer l’arrivée de la voiture 100 % autonome. Selon Jim Hackett, Président et C.E.O. de Ford, « Nous avons surestimé l’arrivée des voitures autonomes. Ses applications seront trop réduites car le problématique est trop complexe ». Carlos Tavarez, PDG du Groupe PSE annonce que PSA abandonne tout simplement les développements relatifs aux voitures autonomes au-delà du niveau 3 pour les véhicules particuliers. D’un point de vue sécuritaire, Hakan Samuelsson, CEO de Volvo avance qu’il est irresponsable de mettre des voitures sur la route quand elles ne sont pas sûres à 100 %. Cela ébranle la confiance du consommateur et du régulateur. Selon Dieter Zetsche, ancien C.E.O. de Mercedes-Benz, même si la voiture autonome est 10 fois plus sûre, il suffit d’un accident pour impacter l’accueil du public.

Le consensus général est que la voiture autonome à 100 % ne verra pas le jour avant 10 ou peut être 20 ans. L’innovation future viendra via des nombreuses ADAS de plus en plus performantes pour rendre la conduite plus confortable et plus sécurisée, et c’est déjà une excellente nouvelle.

Quand à la véritable voiture autonome, capable de se passer d’un conducteur humain pour aller de l’Arc de triomphe à Paris au Colisée à Rome, quels que soient les voies empruntées, les conditions climatiques et le type de trafic, il faudra sans doute patienter encore un peu…

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