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Réduisons le risque de récidive d'accident routier chez les jeunes

Une prise en charge thérapeutique pour éviter les récidives d'accidents de la circulation chez les jeunes

jeune homme conducteur qui met la ceinture de sécurité

Créé le 23/11/21

L’ONISR (Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière) indiquait dans ses récents bilans, une baisse notoire de la mortalité routière due aux restrictions de déplacements pendant les mois de confinements. Malgré tout, chez les 15-24 ans, les morts violentes représentent plus de la moitié de l’ensemble de la mortalité et à eux seuls, les accidents de circulation comptent pour la moitié environ. 

Il est important de noter que l’accidentologie est la première cause d’hospitalisation à l’adolescence : 25% des adolescents hospitalisés le sont pour un accident. Et le taux de récidives est élevé : un adolescent sur quatre aura une récidive dans l’année suivant le premier accident. Parmi ceux qui ont déjà eu plusieurs accidents, la probabilité d'en avoir un nouveau s'élève à 62%, avec des risques de troubles psychologiques liés.

Dans ce contexte, la Fondation MAIF et la Fondation Vinci Autoroutes, en association avec l’organisme de recherche du Pôle Universitaire de Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent (PUPEA) de Poitiers, et ses partenaires associés, la Délégation à la Sécurité et à la Circulation Routière (DCSR) et le Programme Hospitalier de Recherche Médicale (PHRC 2014), ont décidé de soutenir le projet d’étude ECARR. Une étude sur le long terme, menée depuis 2014 par le Professeur Ludovic Gicquel, Chef du pôle universitaire de psychiatrie de l’adolescent à Poitiers et traitant des risques de récidives d’accident de la circulation chez les 15-24 ans. Plus de cinq ans après le lancement de ce projet de recherche, la Fondation MAIF et la Fondation Vinci Autoroutes publient les résultats de cette étude inédite, réalisée dans le cadre de leur programme de recherche.

L’objectif : démontrer qu’une prise en charge thérapeutique adaptée chez des adolescents et de jeunes adultes, victimes d’accidents de la circulation peut réduire considérablement les risques de récidives et de pathologies psychologiques.

Le projet ECARR, un programme de « recherche-action » original et novateur

Créé en 2014, le projet ECARR vise à repérer les adolescents et les jeunes adultes, dès leur admission aux urgences, ayant eu un accident de la route (en tant que conducteur, passager ou piéton) et à définir leur profil psychologique grâce à plusieurs questionnaires éponymes. Une fois analysé et en fonction du score ECARR obtenu, ces questionnaires permettent à l’équipe de chercheurs encadrants de proposer à chaque accidenté de suivre un protocole thérapeutique spécifique pour éviter tout risque de récidive.

« Pour certains adolescents et jeunes adultes, la survenue d’un accident n’est pas le fruit du hasard, et la survenue d’un nouvel accident n’est pas non plus une fatalité. Grace à l’étude ECARR il est à présent possible, chez un jeune qui se présente aux urgences à la suite d’un accident de la voie publique, de repérer le risque qu’il soit de nouveau victime d’un accident de la circulation. Cette étude a également permis de mettre en évidence qu’un accompagnement psychologique bref, permettait de réduire de 50% le risque de récidive d’un accident » souligne le Professeur Ludovic Gicquel, Chef du pôle universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au Centre Hospitalier Henri Laborit de Poitiers et à l’initiative du projet d’étude ECARR.

Le protocole thérapeutique pas à pas

Sur les cinq ans qu’a duré cette étude, ce sont plus de 2234 adolescents et jeunes adultes qui ont accepté de répondre aux questionnaires ECARR dans plus de douze services d’urgence sur tout le territoire français (Limoges, Poitiers, Nantes, Tours, Angers…). Au total, 2234 adolescents ont accepté de répondre aux questionnaires ECARR. 562 parmi eux présentaient un score ECARR ≥ 5, donc plus sujets au risque de récidive d’après l’hypothèse de travail des chercheurs. 288 personnes ont été incluses dans le programme. La moitié, a bénéficié d'un programme d'intervention psychologique, tandis que l'autre moitié a été observée (Groupe Témoin).

A noter que 60 jeunes ont décidé de quitter le programme en cours de route. Au final 228 adolescents et jeunes adultes ont été suivis pendant les 12 mois suivant l’accident initial.

Les adolescents bénéficiant du protocole thérapeutique (Groupe Intervention) ont été invités à participer à trois séances de psychothérapie de groupe, espacées d’une semaine et se déroulant toutes dans le mois suivant le premier accident. En cas de récidive, les adolescents ne pouvaient plus assister à de nouvelles séances.

L’organisation et le contenu thématique des séances s’appliquaient aux pathologies détectées dans les entretiens telles que la dépression, les pathologies anxieuses, les tentatives de suicide ou la consommation de stupéfiants. L’objectif principal de ces interventions étant de diminuer d’au moins 20% le risque de récidive.

  • Séance n°1 : le risque : la perception du risque, l’attention et la concentration ;
  • Séance n°2 : les autres : les liens entre les accidents et les styles de vie, le mal-être, les idéations suicidaires, les liens, les relations et les problèmes avec les autres ;
  • Séance n°3 : les émotions : les émotions au travers du photolangage, la régulation des émotions négatives, l’impulsivité.

Les résultats de ces années de recherche démontrent que les accidentés ayant participé aux séances de groupe (Groupe Intervention) récidivent deux fois moins que les adolescents ne bénéficiant pas d’interventions thérapeutiques. Le taux de récidive est de 13,7% à 6 mois et de 21,6% à 12 mois pour le Groupe Intervention contre 22,3% à 6 mois et 36% à 12 mois pour le Groupe Témoin ; soit deux fois moins.

Les principaux résultats mis en avant par l’étude ECARR

  • 25% des adolescents ou jeunes adultes blessés dans un accident de la circulation et admis dans un service d’urgences présentent un risque de récidive élevé ; 

  • une diminution de pratiquement 50% du nombre d’accidents de circulation dans les 12 mois suivant le premier accident au sein du groupe bénéficiant d’une intervention de prévention thérapeutique ;
  • les récidives d’accidents sont maximales dans les six premiers mois ;
  • impulsivité́ et dépression sont des pathologies d’ordre psychologique qui peuvent augmenter significativement la fréquence des récidives d’accidents de la circulation.

Le bénéfice d’une intervention thérapeutique pour lutter contre les récidives

Le rapport d’étude ECARR met, avant tout, en lumière l’intérêt notoire d’un repérage systématique aux urgences, des adolescents et des jeunes adultes ayant été victimes d’un accident de circulation. Le déploiement d’un tel système sur tout le territoire national permettrait la prise en charge régulière de jeunes accidentés. Il démontre, en s’appuyant sur les résultats des questionnaires ECARR, croisés avec les données issues du bilan de l’accidentalité routière en 2019, réalisé par l’ONISR, qu’un accompagnement thérapeutique adapté semble diminuer sensiblement et significativement les récidives et pourrait éviter, sous toute hypothèse, 25 décès chez les 15-24 ans sur un an.

« La Fondation MAIF est particulièrement sensible à toutes les recherches scientifiques qui visent à comprendre les comportements d’autant que, trop souvent, ils sont à la source des accidents. Et dans certains cas, comme celui de la récidive trop fréquente, la prévention traditionnelle reste peu efficace. Avec une approche individualisée, plus thérapeutique et psychologique qu’une démarche fondée sur la connaissance des risques et l’information, le projet ECARR2 a prouvé sa grande efficacité. Il offre des perspectives significatives pour détecter et aider des jeunes qui se mettent régulièrement en danger » Marc Rigolot, Directeur de la fondation MAIF pour la recherche

« La surexposition des jeunes au risque d’accident de la circulation nécessite une approche globale. Pour que le nombre de jeunes victimes d’accidents de la circulation diminue sensiblement, il faut conjuguer les connaissances issues d’études scientifiques permettant de mieux identifier les comportements à risques et leurs origines avec des actions et des campagnes de prévention ciblées. En finançant ces recherches et en réalisant des opérations de sensibilisation spécifiques, la Fondation VINCI Autoroutes prend sa part dans une telle démarche. » Bernadette Moreau, Déléguée générale de la Fondation VINCI Autoroutes

Pour en savoir plus sur l’étude

Ecoutez le podcast de Radio Vinci Autoroutes en compagnie du Professeur Ludovic Gicquel, Chef du pôle universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au Centre Hospitalier Henri Laborit de Poitiers et de Jean-Marc Truffet, responsable communication et projets de la Fondation MAIF pour la recherche.


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