Les risques numériques, les nouveaux enseignants et les élèves

La perception des risques numériques est-elle un frein ou un levier pour former les élèves au numérique ?

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L’équipe RUDII-IMS de l’Université de Bordeaux - ESPE mène l’enquête avec le projet eR!SK… 724 enseignants entrant dans le métier issus des académies de Bordeaux et de Créteil ont répondu à l’enquête du projet eR!SK.

Cette enquête vise à qualifier la perception des risques numériques par ces nouveaux enseignants et à identifier comment cette perception peut être un frein ou un levier pour la formation des élèves au numérique. 

70 % des enseignants néo-titulaires ayant répondu sont âgés de moins de 35 ans, majoritairement des femmes (65%). 

Les enseignants « digital natives »  

Les jeunes enseignants se revendiquent de la génération plus à l’aise avec les outils numériques, ce qui apparaît bénéfique pour la formation des élèves aux usages numériques. Ils trouvent que les élèves sont plus vulnérables qu’eux face aux risques et que les réseaux socio-numériques sont les espaces qui les cristallisent. Cependant, la plupart de ces mêmes enseignants déclarent éviter tout recours aux réseaux sociaux pour un usage pédagogique en classe ! L’équipe constate que le rejet par l’institution de l’utilisation des smartphones et des médias sociaux par les élèves impose des barrières aux enseignants pour les informer contre les risques associés.

Des besoins d’informations et de formation

L’étude révèle que les enseignants ressentent le besoin d’être formés sur les risques numériques car ils ont beaucoup de difficultés à identifier clairement les informations utiles pour former les élèves. Cette impression de ne pas avoir suffisamment d’information peut jouer sur le sentiment d’expertise et de confiance et freiner l’éducation au numérique et à ses risques associés.

Et si on demandait la contribution des élèves ?

Deux classes de 5ème de 2 collèges, dont l’un en REP, ont participé à une journée d’idéation avec les partenaires du projet et les enseignants stagiaires. L’objectif était de mieux connaître les pratiques numériques des élèves et accéder à leurs représentations de l’éducation au numérique à l’école.

Les discours des élèves autour des risques numériques semblent largement refléter les avis et les préconisations des parents, non sans confusion ou idées reçues. Les enseignants et l’école ne sont jamais cités et semble rester en dehors de cette éducation aux pratiques socio-numériques des élèves.

En conclusion, la responsabilisation des usagers (enseignants et élèves) et le fait de les impliquer concrètement et collectivement dans des projets d’élaboration de règles partagées sont clés pour l’éducation au numérique.

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Quelques pistes de réflexion…

Il devient clair qu’une conscience des risques numériques associée à une culture numérique personnelle affirmée chez l’enseignant peut favoriser l’éducation des élèves au numérique. Voici quelques préconisations issues de l’étude en cours :

développer une culture des sources d’informations chez les enseignants autour des usages numériques : savoir ou trouver l’information apparaît plus important que de maîtriser des risques en tant que tels ;

rompre avec les interdits, notamment autour des réseaux socio-numériques : il semble essentiel d’encourager les enseignants à faire avec et non dans le déni des pratiques sociales des élèves ;

accompagner les enseignants pour leur permettre d’adopter la posture de médiateurs plutôt que celle de « sachants » autour des pratiques numériques ;

encourager l’expérimentation, en balisant des temps, pour permettre aux enseignants de se familiariser avec des outils qu’ils ne connaissent pas ;

ouvrir des espaces de libre expression à l’école pour permettre aux élèves de partager leurs représentations et pratiques numériques ;

informer les parents et les enseignants des avancées des recherches au sujet des risques pour faire face notamment aux idées reçues.


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