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FR-Alert et culture du risque : le podcast de la Fondation MAIF

Découvrez l’épisode 2 du podcast de la Fondation MAIF. Karine Weiss et Johnny Douvinet décryptent le dispositif FR-Alert et la culture du risque en France.

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Créé le 07/10/26

Dans l'épisode 2 d'En quête de prévention, le podcast de la Fondation MAIF, Karine Weiss et Johnny Douvinet, chercheurs engagés dans l’étude des mécanismes de l'alerte à la population, analysent le fonctionnement du dispositif FR-Alert et les leviers pour développer une culture du risque face aux inondations, aux incendies et aux autres catastrophes.

Podcast FR-Alert : pourquoi développer une culture de l'alerte ?

Inondations, incendies, tempêtes, risques industriels...

Face aux événements susceptibles de menacer les populations, les dispositifs d'alerte jouent un rôle essentiel. Mais l'efficacité d'une alerte ne repose pas uniquement sur sa diffusion. Encore faut-il qu'elle soit comprise, jugée crédible et qu'elle conduise à l'adoption des bons comportements.

Pour en parler, la Fondation MAIF a invité deux spécialistes de la prévention des risques : Karine Weiss, professeure de psychologie sociale et environnementale à l’université de Nîmes, et Johnny Douvinet, géographe spécialiste des systèmes d'alerte et de la culture du risque et professeur des universités à Avignon Université. Leurs travaux mettent en lumière un enjeu majeur : développer une véritable culture de l'alerte en France afin d'améliorer la protection des populations face aux catastrophes.

Écouter l’épisode 2 sur vos plateformes préférées : 

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Au programme de cet épisode : 

  • Les différents moyens de l’alerte ;
  • Pourquoi une alerte peut être reçue… ou pas ;
  • FR-Alert : ce que les citoyens comprennent réellement des messages ;
  • Comment rédiger une alerte efficace ;
  • Pourquoi la culture du risque reste encore faible en France ;
  • Les défis à venir : inclusion des personnes en situation de handicap, nouvelles technologies, exercices grandeur nature…


Mieux comprendre les réactions face aux alertes

Les outils d'alerte se sont considérablement développés ces dernières années. Applications mobiles, systèmes d'information, messages géolocalisés ou dispositif FR-Alert permettent aujourd'hui de diffuser rapidement des informations en cas de danger.

Pour autant, la réception d'une alerte ne conduit pas systématiquement à l'action. Pourquoi certaines personnes se mettent-elles immédiatement en sécurité quand d'autres minimisent le risque ou hésitent à suivre les consignes ? Comment favoriser l'adoption de comportements protecteurs ?

À partir de leurs recherches, Karine Weiss et Johnny Douvinet apportent des éléments de réponse et éclairent les facteurs qui influencent notre manière de percevoir et d'interpréter les situations à risque.


Faire de la prévention un réflexe collectif

Développer une culture de l'alerte ne consiste pas seulement à améliorer les outils de communication. Il s'agit aussi de permettre à chacun de connaître les risques auxquels il peut être exposé et de savoir comment réagir lorsqu'une alerte est émise.

Autant de pistes pour construire une société plus résiliente et mieux préparée aux situations d'urgence. Écoutez l'épisode 2 et abonnez-vous au podcast pour ne manquer aucun épisode.


Un projet de recherche soutenu par la Fondation MAIF

Cet épisode s'appuie sur le projet de recherche « L'importance d'ancrer une culture de l'alerte en France », soutenu par la Fondation MAIF.

Menée par Karine Weiss et Johnny Douvinet, cette recherche vise à mieux comprendre les conditions qui favorisent l'efficacité des dispositifs d'alerte et l'adoption de comportements adaptés face aux risques. Elle contribue à identifier des pistes d'action concrètes pour renforcer la culture de prévention et améliorer la protection des populations.

Découvrez le projet en images : 


Qu'est-ce que le système FR-Alert et comment fonctionne-t-il ?

FR-Alert est le système national d'alerte à la population déployé en France depuis 2022. Il permet de prévenir en temps réel toute personne présente dans une zone de danger (catastrophes naturelles, accidents industriels, attentats) grâce à une diffusion cellulaire : une notification accompagnée d'un signal sonore spécifique sur son téléphone portable, sans aucune application à télécharger.


Pourquoi certaines personnes ignorent-elles les alertes sur leur téléphone ?

Recevoir une alerte ne suffit pas : pour agir, il faut aussi la comprendre, lui faire confiance et mesurer correctement le danger. Le manque de culture du risque, des consignes mal comprises ou un sentiment de fausse sécurité peuvent conduire à l'inaction ou au doute.

Testez vos réflexes pour savoir quoi faire en cas d’inondation avec le quiz 3 jours, 3 heures et 3 minutes d’Agir en Prévention. Quels sont les bons gestes à faire et surtout à quel moment ? Sur cette plateforme, vous trouverez également des autodiagnostics pour connaître votre niveau de vulnérabilité en cas d’inondation.


Qu'est-ce que la « culture du risque » et pourquoi est-elle essentielle en France ?

La culture du risque désigne la connaissance par la population des dangers qui l'entourent (inondations, incendies, tempêtes) et des comportements de sauvegarde à adopter. Développer cette culture permet de passer d'une simple réaction passive à l'alerte à des réflexes collectifs d'auto-protection efficaces face aux urgences.


Pour aller plus loin et développer votre culture du risque : 

• Géorisques

• Vigicrues

• Météo-France

• FR-Alert


Cliquer sur le triangle pour la transcription complète :

Transcription

Salut à toutes et tous, moi, c'est Margot, détective autoproclamée en prévention du risque. À mes côtés, vous allez mieux comprendre, et moi aussi, comment la recherche nous aide à limiter les risques dans notre vie quotidienne. Vous allez aussi découvrir de super projets soutenus par la Fondation MAIF, une fondation reconnue d'utilité publique. Dans ce podcast, c'est une sorte d'enquête que je mène et pour ça, je m'entoure à chaque épisode d'une équipe de rêve pour ne rien laisser au hasard.

En quête de prévention, un podcast de la Fondation MAIF.

L'alerte à la population.

Et les catastrophes se multiplient, 50 personnes coincées dans la commune de Châteaurenard près d'Avignon. Après les inondations de cette nuit en Aveyron, l'incendie est désormais aux portes de Rodez. Pour les personnes encore présentes sur place, trop tard pour évacuer la ville, tous les habitants sont appelés à rester confinés chez eux. Enfin, une tempête de sable est annoncée dans la Creuse ainsi qu'une invasion de sauterelles à Paris. Dans le reste de l'actualité.

Mais c'est l'apocalypse ou quoi ? Je vais appeler Karine.

Allo ? Allo ?

Karine, je ne t’entends pas très bien, t'es où là ?

Je suis dans mon bunker, je reçois plein d'alertes sur mon téléphone, je ne prends pas de risques. T'as eu Johnny ?

Non, pourquoi ?

Avignon est complètement sous l'eau et je crois qu'il y est encore.

Ok attends, je vais essayer de l'appeler.

Allo ?

Johnny, ça va ?

Ouais, j'ai connu mieux.

Attends, c'est quoi le bruit que j'entends derrière toi ?

Bah, je suis en train d'écoper dans mon salon.

T'as pas reçu l'alerte ?

Quelle alerte ? Ils ont envoyé une alerte ?

Ok, d'un côté Karine a été inondée d'alertes, de l'autre Johnny a été inondé tout court et n'a reçu aucun message. C'est très étrange, et ça me pose pas mal de questions.

Ça y est, on se retrouve plus au calme et au sec autour d'une table. Alors, je vous, je vous présente officiellement quand même Karine Weiss, professeur de psychologie environnementale à l'université de Nîmes, et Johnny Douvinet, professeur de géographie à l'université d'Avignon. Alors, pour commencer, pour qu'on pose les bases quand même, j'aimerais comprendre une alerte en France, finalement, ça concerne quel danger ? Qui se lance ? Johnny ?

L'alerte, ça concerne beaucoup d'événements qui sont susceptibles de porter atteinte à l'intégrité physique des biens et des personnes. C'est la définition officielle. Donc, ça peut être une inondation, un incendie, mais ça peut aussi être un accident industriel, un accident nucléaire qu'on ne souhaite évidemment jamais sur l'ensemble des événements. Il y a aussi des alertes enlèvement et des alertes sanitaires, par exemple.

Et aujourd'hui, c'est quoi les différents moyens d'être alerté ? Karine ?

Alors les différents moyens, c'est les sirènes comme que tout le monde connaît. On peut recevoir un message sur son téléphone, donc là c'est là-dessus qu'on travaille actuellement avec Johnny, sur notamment le système FR-Alert. On peut recevoir un sms, on peut recevoir un mail par sa compagnie d'assurance, par exemple. J'ai oublié quelque chose, Johnny ?

Il y a aussi des messages sur les panneaux à messages variables qu'on peut retrouver sur les autoroutes, donc il y a différents canaux. Et la question, effectivement, c'est la perception qu'en pense la population.

Tu disais, Karine, les sirènes que tout le monde connaît, mais pas tellement en fait. Parce que justement, selon un rapport de la Cour des comptes qui est qui est sorti là en septembre 2025, tu as qu’un Français sur 5 qui connaît véritablement le comportement à adopter lorsqu'elles retentissent. C'est quand j'ai vu ça, ça m'a un peu interpellée.

Alors je disais que tout le monde connaît parce que quand on demande à n'importe qui, un enfant, un jeune, une personne plus âgée, par comment on est alerté, c'est effectivement la sirène qui est citée en premier. Sauf qu’effectivement, personne ne connaît la signification de la sirène. On sait que le premier mercredi du mois, potentiellement, il y a cet exercice qui permet de vérifier si la sirène est entendue. Mais la sirène aujourd'hui, elle est très peu informative, elle est même pas du tout informative, c'est à dire qu'on sait qu'il se passe quelque chose éventuellement, mais on ne sait pas quoi qu'il faut faire.

Oui, j'allais dire, on fait quoi en fait, c'est on se met, on ne sait pas ce qui se passe et c'est quoi le comportement, on court partout, on qu'est-ce qu'on fait ?

Historiquement, le signal de la sirène, ça désigne une mise à l'abri, donc un confinement, mais en fait, on a tous oublié parce qu'on n'a pas été formé à ça ou parce qu’il y a différents dangers et la sirène aujourd'hui, elle peut te déclencher pour différents types d'événements et donc ça n'associe pas une consigne avec la nature du danger.

Mais en principe, on l'entend, on se met à l'abri dans l'endroit le plus proche, donc j'ai une supérette à côté de moi, je rentre dedans.

Il faudrait. Mais si vous êtes en voiture, ça pose plein de questions. Et puis si vous entendez la sirène et que vous ne savez pas quoi faire, vous continuez à pas savoir quoi faire et une partie de la population continue son activité au quotidien.

D'où la diffusion cellulaire, donc le petit message qu'on reçoit sur notre téléphone, qui serait a priori plus pratique, qui fonctionnerait mieux.

Ça n'a rien à voir. C'est à dire que là, les autorités ont la possibilité d'associer une information, d'associer des consignes, de décrire l'événement et de façon textuelle. Donc, la personne lit, lit le message, alors ce n’est pas suffisant. Il y a toute une partie de la population qu'il faut aussi aller toucher, notamment des personnes en situation de handicap. Mais ça n'a rien à voir par rapport à un signal sonore, où on ne sait pas ce qu'il faut faire.

Si ce n'est que c'est quand même un signal sonore qu'on reçoit, qu’on n’a peut-être même jamais entendu et il n’y a pas eu besoin de télécharger une application, c'est à dire que on la reçoit tous si on est dans un périmètre donné. C'est bien ça ?

Tout à fait.

Est-ce que ça vous dit qu'on essaie de créer une alerte ensemble ?

Si vous voulez.

On peut tenter ça parce que je crois que tous les deux, vous avez quand même pas mal travaillé là-dessus sur des ateliers, notamment à créer avec différentes personnes, les alertes les plus efficaces, c'est ça ?

Oui.

Alors, on partirait sur quoi, Karine ?

Je ne sais pas, inondation, peut-être.

Ok, donc, inondation. C'est quoi le synopsis ? Il y a une inondation. Allez, je prends des notes.

Alors, une inondation, on est où ?

Après là, il faut préciser soit le cours d'eau, soit le département, parce qu'on rappelle que c'est les autorités préfectorales qui ont la main sur le déclenchement du dispositif FR-Alert. Donc il faut choisir un département.

À Lille, le Gard, par exemple ?

Dans le Gard, chez moi. C'est vrai que c'est important ce que dit Johnny, parce que le premier élément qu'on va avoir sur l'alerte, c'est qui envoie l'alerte. Donc, sur le message, l'expéditeur doit être…

En général, c'est plutôt la préfecture ?

C'est la préfecture. 

C'est même tout le temps la préfecture ?

C'est quasiment tout le temps la préfecture.

Ok, d'accord.

Donc comment on va composer notre message ? Parce que là, Karine, je m'adresse plus à toi là-dessus, sur comment on va faire en sorte que les gens, même si je crois que tu n'aimes pas trop ce mot "des gens" plutôt que de parler d'individus. D’ailleurs, tu vas peut-être nous dire pourquoi, les gens comment ils réagissent, c'est ça ?

Alors c'est vrai que le terme "les gens", c'est ce qu'on utilise dans le langage courant, mais dire les gens, ça voudrait dire que tout le monde réagit de la même façon. C'est comme s’il y avait un bloc de gens, quelque chose qui est un peu indéfini. On s'adresse à ce bloc tout le temps de la même façon. Et en fait, nous, en psychologie, on aime bien plutôt parler d'individus pour mettre l'accent sur le fait qu’on va avoir chacun une perception différente, là pour le coup du message d'alerte. Et alors, bien sûr, le message va être le même pour tout le monde.

Oui, j'allais dire, ce qui rend le l'exercice d'autant plus difficile, 

C’est ça et donc on va essayer de comprendre comment y a différentes perceptions d'un même message pour faire en sorte qu'il y ait le moins de variabilité possible lorsqu'on va le recevoir et que les personnes qui reçoivent ce message sachent quoi faire. C'est ça qui va être important. Et donc, on a travaillé pas mal là-dessus sur cette question-là, de savoir comment est-ce que le message doit être justement formulé, quels sont les éléments qui doivent être dans le message ? Et ça permet d'avoir effectivement un message qui devrait être intelligible par la majorité des personnes. Encore une fois, on ne va jamais toucher 100 % des personnes de la même façon avec un message.

Alors, on inverse les rôles. C'est vous qui me posez les questions.

À ton avis, qu'est-ce qu'il faudrait mettre dans un message ? Quels sont les éléments que toi tu aimerais avoir ?

Je pense que j'aimerais savoir déjà de quoi il s'agit en premier : inondation, feu, ça me paraît important. La marche à suivre sans doute. Je dois me mettre à l'abri, ce qu'il faut faire et ne pas faire…

Après il y une question de temporalité, ça se passe maintenant, ça se passe dans quelques heures.

J'imagine que si l'alerte est déclenchée, c'est que ça se passe maintenant, non ?

Sauf que parfois il y a un délai pour se mettre à l'abri, c'est à dire que si tu es au travail et que tu dois rentrer chez toi, il faut peut-être anticiper le fait que peut-être que les cours d'eau vont être inondés, que les routes, les routes pardon vont être coupées.

Donc elle a combien de temps la préfecture pour l'écrire en général ? Enfin, à quel moment ? Il n’y a pas de règles ?

Il n’y a pas de règles et alors elle peut mettre, je ne sais pas, on va dire 10 min 1/4 d'heure à écrire le message. La diffusion se fait en 2 secondes, donc ça ce n’est pas la question. Il ne faut pas oublier que l'alerte c'est un message qui arrive sur le téléphone, mais il y a aussi un délai de mise à l'abri et de mise en sécurité.

Oui, mais c'est à dire que je ne peux pas tenir, enfin prendre en compte les gens qui vont travailler, les gens qui sont chez eux…

Non, c'est ce que disait Karine, c'est qu'il faut à la fois parler à tous les individus et en même temps chaque individu a des besoins individuels. Si tu as des enfants et que ton école est en zone inondable, tu fais quoi ?

Ah non, mais moi je prends mon canoë, je vais les chercher mes enfants.

La première ou les premières consignes qu'on va indiquer, c'est se réfugier, se mettre à l'abri, éviter les cours d'eau. Effectivement, laisser vos enfants, ils sont en sécurité à l'école. Et tu remarqueras qu’on n’a pas dit de négation. Il n’y a pas de ne pas faire parce que les négations c'est contre-intuitif.

Ah ouais ?

Si je te dis enfin ne va pas chercher tes enfants à l'école ou à l'inverse laisse tes enfants à l'école, ils y sont en sécurité, je pense que l'impact, tu vois que ce n’est pas la même chose.

C'est comme les enfants, tu leur dis non, surtout ne débarrasse surtout pas la table. Ah ouais, si je vais débarrasser la table.

C'est ça exactement.

C'est ce qu'on appelle les effets de cadrage en psychologie sociale, c'est-à-dire que si on dit à quelqu'un ne fais pas ça. Finalement, ça induit l'idée qu’il est possible de le faire, donc le message positif sans négation sera plus efficace.

Le fait est que tu vois, quand tu disais ne va pas chercher tes enfants à l'école, bien sûr, tu crois vraiment que je ne vais pas aller chercher les enfants. Tes enfants sont en sécurité, tu peux les laisser à l'école, c'est vrai que ça n'a pas du tout le même effet. On fait appel à quelle émotion quand on va écrire ces alertes justement, est-ce que l'objectif c'est de faire flipper les gens, c'est de les rassurer ? Parce qu'en même temps faut agir ? Qu'est-ce qu'on fait ?

Alors, l'objectif ce n'est pas de faire flipper les gens, ce n'est pas non plus de les rassurer, c'est simplement de les informer. Donc, ça va être difficile de gérer ça. On a travaillé justement lors d'exercices où des alertes ont été données avec bien écrit sur l'alerte qu'il s'agit d'un exercice. À la fin de du message, on avait un lien vers un questionnaire que des personnes ont rempli et ça nous a donné des éléments. Justement, on a interrogé les émotions, les réactions, et cetera. Et souvent, ça peut générer du stress. Et finalement, c'est normal parce qu’en situation d'alerte, c'est tout à fait, c'est une réaction tout à fait normale que d'être stressé. Mais à partir du moment où on associe ce type d'émotion à des consignes claires, c'est-à-dire que je suis stressée mais je sais quoi faire, ça peut, ce n’est pas négatif. Voilà, c'est quelque chose qui a qui peut entraîner les gens à avoir les comportements attendus.

J'ai un peu les personnages, vous savez, le dessin animé Vice Versa.

Je m'appelle Joie et elle, c'est Tristesse. Je vous présente Colère, elle, c'est Dégoût. Ah voilà Peur.

Alors je vais faire appel à la peur, à Panique, donc surtout pas à Panique dans cette situation. Mais non, c'est intéressant. Mais alors justement, c'est tu parlais des gens qui vont être entraînés et ça nous amène aussi à cette question de la culture du risque. La culture du risque, qu'est-ce que c'est ?

C'est un terme qui n’est pas toujours simple à définir, entre même nous, scientifiques ou citoyens, on ne met pas la même chose derrière. Donc, l'idée c'est de savoir un peu quels sont les comportements adoptés selon les différents dangers. Est-ce que on se souvient de quelques événements et surtout est ce qu'on a ou est ce qu'on arrive à se représenter un événement qui peut survenir demain ? On a évoqué les inondations, on a tous une image d'une inondation qui nous vient en tête, soit celle qu'on a vue dans un film, soit une photo qu'on a vu à proximité de chez soi. Mais c'est toujours compliqué de se dire ça va arriver un jour et ça se trouve, je vais être face à une inondation. Et qu'est-ce que je fais sans paniquer ? C'est ce qu'on disait à l'instant.


Ouais, parce qu'on n'est pas comme enfin la France, on est relativement épargnés. Alors, inondation avec beaucoup de guillemets, parce que y en a eu beaucoup, mais je veux dire, en termes d'événements extrêmes, on n'est pas, il n’y a pas de typhon, il n’y a pas de tremblement de terre ou peu, on est relativement safe, j'ai envie de dire.

Mais c'est relatif parce que malheureusement les inondations entraînent des décès tous les ans en France. On va mettre les outre-mer aussi où c'est un territoire qui est quand même très sensible à certains événements. Et surtout avec le changement climatique actuel, on voit bien que les épisodes pluvieux s'intensifient et ça veut dire que les inondations elles surviennent peut-être moins souvent, mais plus violemment. Donc du coup, enfin, ce n’est pas un discours pessimiste, c'est juste une réalité et il faut se préparer et c'est pour ça que la culture du risque elle est importante. On disait tout à l'heure, les personnes ne se souviennent pas ou n'arrivent pas à identifier le signal sonore. Moi, quand j'entends ce chiffre, je suis un peu déçu parce qu’il y a plein de campagnes de sensibilisation. Il y a des exercices aujourd'hui au niveau des scolaires, 3 exercices par an pour justement augmenter cette connaissance des comportements. Sur le signal sonore, il y a un rapport qui avait été fait en 2014, donc il y a plus de 10 ans, qui disait 20 % de la population arrive à peine à reconnaître le signal des sirènes. 10 ans plus tard, on est à peu près la même chose. Alors ça, c'est sur les sirènes et je pense qu’heureusement, il y a l'alerte sur les téléphones aujourd'hui.

Puis en après 2014, il s'en est passé aussi des petites choses, Alerte Attentat notamment, qui peut-être nous ont un peu plus sensibilisés à ces sons.

Bien sûr, malheureusement, il faut que les choses avancent pour que, enfin en tout cas, faut malheureusement, il y a des catastrophes qui se produisent et les choses avancent. On est relativement protégés, mais enfin. La culture du comportement adapté à une situation, elle est compliquée en France, en tout cas. 

Est-ce qu'on pourrait écouter le son justement de l'alerte téléphone ? Parce que ce son-là, et on va en parler. Karine, c'est un son qui est qui a interpellé notamment les jeunes générations et ça sonne très fort, ça sonne assez fort.

Ah oui, ce n’est pas agréable du tout.

Ouais.

Et on peut l'arrêter d'ailleurs !

Là, en sachant qu'on on l'entend sur un téléphone, c'est à dire qu'il y a aussi l'effet de contexte. Si on est dans une pièce où il y a plein de monde, tous les téléphones vont sonner quasiment en même temps. Donc, c'est là où il faut avoir un réflexe de lire le message et de pas couper le son. Parce qu'en fait, si on coupe le son, on enlève l’identification et après y a d'autres endroits où on l'a vu, c'est plus bruyant, on a plus de mal à apercevoir ce son, donc ce n’est pas si simple, notamment quand on est en milieu urbain avec le les bruits environnants. En fait, on n’entend quasiment pas le signal du téléphone parce que là il est proche du micro et qu'on est dans un endroit où c'est au calme.

Ouais, mais là, j'ai vu quelques alors je n’ai jamais été témoin à titre personnel de scènes, enfin de d'exercices ou même de cas de figure réels où ce son retentissait. Vous, des exercices, vous en avez fait plein. Karine, quand ce son retenti, les jeunes particulièrement se disent plus stressés que les autres. C'est étonnant. Pourquoi ?

Une des explications qu'on a, c'est le fait que les jeunes n'ont pas de son qui sortent de leur téléphone. Habituellement, le téléphone n'est plus utilisé comme un téléphone, mais comme un outil qui permet d'aller sur les réseaux sociaux. On ne fait plus sonner le téléphone, on reçoit des messages, et cetera, et donc ils sont peut-être moins habitués à avoir un son déjà qui sort de leur téléphone. Donc, c’est quelque chose d'assez étonnant et qui va créer plus de stress parce que c’est plus intriguant. Et donc voilà, c'est l'idée de cette génération silencieuse qui ne répond pas. Donc,, tu es maman, peut-être que tes enfants ne sont pas encore assez grands pour avoir un téléphone, mais les gens ne répondent pas quand les parents les appellent au téléphone, par exemple. Voilà, ça fait partie de ça. Et effectivement, ce que disait Johnny, on a fait des exercices. Moi, j'ai souvenir notamment, j'étais dans un centre commercial pour observer les réponses, les comportements des individus qui étaient présents ici. Et la plupart des personnes ne regardent et puis non, ne font rien. Et quand, ils voient rapidement que c'est un exercice aussi. Mais on a presque l'impression que c'est voilà. même le son n'est pas n'est pas très intriguant dans ce genre de situation. 

Mais ça pose quand même pas mal de questions ce si les jeunes ne sont pas sensibles au son ou en tout cas que ça provoque un stress.

Donc les sons sensibles.

Et oui, parce-que il y a le stress, c'est à dire que le stimulant et le stress bloquant.

Donc, en fait, est-ce que ça veut dire qu'il faut complètement repenser aujourd'hui la façon d'alerter ?

Moi, je ne pense pas, c'est que justement, c'est la dualité de l'alerte, c'est que l'alerte doit à la fois être entendue et donc induire une réaction sans pour autant provoquer un stress. Mais on n’a pas de juste milieu, donc…Le but des exercices qui ont été conduits jusqu'à maintenant et qui vont se renouveler de toute façon dans les mois à venir, c'est de former la population à reconnaître ce son pour que tout le monde ait le réflexe de lire le message sur le téléphone et de diminuer en même temps le stress et la peur.

Alors, à titre personnel, moi, je me souviens des exercices. On a plutôt le l'alerte incendie à l'école qui, quand ça retentissait, on était là : super, au moins c'est une pause, on va aller dans la cour de récré et on ne va pas avoir cours. À aucun moment, je me disais, il y a vraiment le feu. Est-ce qu’il n’y a pas un risque de créer une accoutumance à ces alertes si on multiplie les exercices parce que il y en a eu peu finalement en 3 ans, 100 ou 150 partout en France, c'est ça ?

Non, ça fait quasiment 300 aujourd'hui avec 70 déclenchements réels.

Moi, je n’étais pas loin. Ah, j'ai bien bossé le sujet.

Non, mais alors il y a 2 choses. Le rapport de la Cour des comptes que tu as cité disait qu'il était nécessaire d'imaginer un exercice à l'échelle nationale parce que là au moins tout le monde serait concerné par l'exercice. Et la 2e, il n’y a pas de solution miracle, je pense, donc il faut former les jeunes qui seront les adultes demain.

Ouais, donc le risque d’accoutumance, finalement, on dit bon, quitte à prendre le risque, faisons le quoi.

Moi, je ne pense pas qu'il puisse y avoir un risque d’accoutumance parce qu’il faudrait vraiment qu'il y ait des exercices très fréquemment pour qu'il y ait pour parler de ce risque d’accoutumance. Et tu disais tout à l'heure, à l'école, on sait qu'il va y avoir des exercices incendie, on a plusieurs par an. Malgré tout, même si on ne croit pas qu'il y a un incendie, tout le monde va suivre la consigne, va se retrouver à l'extérieur, plutôt dans le calme. Et finalement, admettant qu'il y ait une accoutumance, ce n’est pas forcément mauvais en termes de comportement de réponse à cette alerte. 

Au moins, ça diminue le stress et on sait quoi faire.

Alors, sur l'exercice incendie, tu le disais, on joue l'évacuation, on sort du bâtiment. Sur un une alerte tsunami, il faudrait accepter de d'évacuer le littoral. Sur une inondation, il faudrait accepter de partir pour voir où est ce qu'on on va accepter de dormir une nuit dans un gymnase. On se dit oui, ça peut être fun, je pense que non, mais ça peut arriver le jour où malheureusement il y aura un danger qui surviendra. Donc il faut accepter ça et aller enfin pour moi, c'est aller plus loin que ce qui est fait aujourd'hui.

Donc finalement être beaucoup plus acteur de l'alerte, quoi, 

C’est ça. Ce que demande la loi de 2003, que tout le monde rappelle en disant le citoyen est acteur de sa propre mise en sécurité. Je pense qu'avec Karine on est d'accord là-dessus, c'est que ce n’est pas cette formule qu'il faut dire, c'est qu'il faut accompagner le citoyen dans sa mise en sécurité aujourd'hui.

Donc, notre message d'alerte pour l'inondation dans le Gard, il ressemblerait à quoi ?

Alerte alerte. Ceci est un message de la préfecture du Gard. Une inondation est en cours à tel endroit, tel cours d'eau. Si vous habitez dans tel quartier, vous devez évacuer. Laissez vos enfants à l'école, ils y sont en sécurité. Écoutez la radio pour de plus amples informations. On peut ajouter un lien vers un site web où on pourrait avoir de l'information, par exemple Vigicrue, ce genre de choses, et voilà. Je pense que je n'ai pas oublié grand-chose.

Il ne faut pas que ce soit trop long de se mettre parce que si c'est un pavé ?

C'est ce que disait Karine, mais avec une formule peut-être un peu plus concise, éviter des phrases complètes et puis être injonctif.

Moi, j'ai découvert en préparant cet épisode le site Géorisques que je ne connaissais pas du tout. Vous en pensez quoi ? C'est important que chaque citoyen sache déjà Géorisques, en gros ça nous permet de savoir si on est dans une zone à risque et en fait on l'est tous, il y a forcément un risque près de chez nous, non ?

Il y a peut-être 2, 3 % du territoire qui n’est pas couvert par un risque, mais oui, en cumulé, certains territoires ont 6 risques, 7 risques, 9 risques. Après, bah c'est là où il faut être au courant, il faut avoir connaissance du risque sur son territoire, c'est le but de la plateforme Géorisques et il y a aussi d'autres plateformes d'information. 

S’il y en a d'autres, on prend !

C'est qu'on dit tout à l'heure, il y a Météo France, il y a Vigicrue, il y a….

Ça, c'est en cas d’événement ? Ça nous permet de savoir…

Oui, ça complète le site Géorisques, c'est savoir les risques. Et puis il y a le site FR-Alert qui permet aussi de savoir s'il y a des alertes en cours, ce qui est aussi une plus-value importante.

Allez, les 3 grands défis pour terminer aujourd'hui par rapport à l'alerte, c'est quoi ?

Johnny a parlé tout à l'heure des personnes en situation de handicap et ça je pense qu’il y a du travail encore à faire là-dessus pour savoir comment mieux alerter ces personnes qui peut être ne peuvent pas lire une alerte ou ne peuvent pas entendre le son, et cetera. Donc ça, pour moi, c'est un vrai défi de vraiment inclure l'ensemble de la population dans le système d'alerte.

2e ?

Sortir du fétichisme technologique. En fait, il y a encore des outils qui vont arriver demain. On parle d'alerte par satellite en, peut-être, 2027 en France, alors, ce qui est génial parce que du coup, s'il y a plus de courant, les antennes peuvent plus diffuser le signal, donc là les satellites viendraient en plus-value. Sauf que d'un autre côté, il y a les besoins de la population qu'il faut prendre en compte parce qu'en fait une un message d'alerte non compris, non lu, ne sera jamais enfin ne donnera jamais d'application des consignes derrière. Donc voilà, c'est un peu le la formule, c'est que c'est bien d'avancer sur la partie technologique, mais il faut surtout impliquer les populations.

Et un petit 3e pour la route ?

Tu parlais de la culture du risque, je crois que c'est ce serait peut-être même la première chose. C'est à dire continuer les exercices, les faire à plus grande, à plus grande ampleur, impliquer vraiment les citoyens pour faire en sorte que cette culture du risque existe vraiment parce qu'aujourd'hui en France, je crois qu'on a encore beaucoup de travail à faire dans ce domaine-là.

Merci à tous les 2, Karine Weiss et Johnny Douvinet. On peut notamment retrouver vos travaux sur le site de la Fondation MAIF.

En quête de prévention est un podcast de la Fondation MAIF, réalisé par Renée Prod.

Nouvelle to-do list deux points à la ligne.

• Rentrer mon adresse sur Géorisques à la ligne.

• Organiser un quiz alerte au prochain repas de famille à la ligne.

• Offrir un smartphone à mamie.