L’importance d’ancrer une culture de l’alerte en France

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En cas de danger pour les vies ou les biens, les autorités françaises peuvent alerter la population, mais il faut encore sensibiliser les citoyens

alerte rouge

Créé le 21/09/23, modifié le 04/02/26

Inondations, incendie, accident industriel, menace terroriste… quelle que soit la nature du danger, la population doit savoir appliquer les consignes de mise en sécurité, que ce soit à une échelle individuelle ou collective. Cela suppose une connaissance de ces consignes, donc une formation, une éducation, voire une mise en pratique au cours d'exercices.

Des alertes pas toujours efficaces

Un message clair, complet et simple à comprendre est indispensable pour déclencher le comportement approprié. Or, en France, même si les outils s'améliorent (à l'image du dispositif FR-Alert, déployé depuis juin 2022), les alertes ne provoquent pas toujours l'effet voulu. Incompréhension, stress, confusion, indifférence, le panel des réactions n'est franchement pas satisfaisant. Pire, les alertes ne sont pas assez prises au sérieux et une partie de la population assume de les ignorer.

Alert-kNOW : associer les citoyens à la réflexion sur l’alerte

L’idée d’Alert-kNOW, un projet de recherche soutenu par la Fondation Maif, a été de se placer aux côtés des citoyens : évaluer leur connaissance des différents dispositifs d’alerte et les faire participer à la rédaction des messages par petits groupes. A la clé, une collecte de recommandations individuelles et de tendances collectives. Mais aussi pas mal de questions et un constat : la culture de l’alerte n’est pas assez développée en France.

Au-delà de la sensibilisation qu’ont menée les chercheurs à travers l’animation d’ateliers et l’organisation d’une enquête, il faut aller plus loin pour toucher davantage de personnes. Autrement dit communiquer sur les fondamentaux de l’alerte, expliquer qui fait quoi et comment les alertes fonctionnent.

Alerter sur les téléphones : une solution en place mais qu’il faut expliquer

A l’évocation d’«alerte», on pense aussitôt au long mugissement qui retentit dans les villes le premier mercredi du mois. Or ce dispositif ne suffit plus : le signal sonore des sirènes n’est ni précis ni compris et il n’existe pas partout. Depuis juin 2022, les autorités préfectorales ont à disposition une solution d’alerte multicanale, appelée FR-Alert, basée sur la téléphonie portable.

Grâce à ce système, il est possible de prévenir en temps réel toute personne présente dans une zone de danger, dès lors qu’elle est munie d’un mobile. Les autorités envoient soit des notifications, qui s’affichent sur les écrans des téléphones, soit des SMS. Avantage des SMS : ils sont plus faciles à retrouver. Et dans les deux cas, l’alerte se manifeste même si le téléphone est en mode avion ou silencieux.

D’autre part, nul besoin de connaître les numéros ni de relever les positions : la diffusion se fait par ondes radio, via une antenne, ce qui explique la rapidité de la diffusion (1 à 2 secondes). D’où aussi les éventuels effets de bord, car la portée de l’antenne ne se limite pas à la zone de danger.

Sourde oreille ou méfiance

Imaginez : un signal strident retentit sur votre téléphone. Autour de vous, tous les portables se mettent à sonner. Victimes d’une cyberattaque à grande échelle ? Non, c’est une alerte généralisée, qui nécessite une attention de votre part et surtout une lecture du message ! Car celui-ci contient de nombreuses informations : source de l’événement, lieu du danger, consignes à appliquer…

Or, fin octobre 2024, seuls 22 % des Français savent précisément ce qu’est FR-Alert et 58 % des répondants déclarent même qu’en cas d’alerte réelle, ils auraient poursuivi leurs activités, malgré la recommandation de rentrer chez soi. Il faut donc accentuer les efforts de sensibilisation, d’information et d’explication, à tous les niveaux.

Une population couverte à plus de 95 % mais des "trous dans la raquette"

L’utilisation du téléphone portable, plébiscitée par de nombreux autres pays européens, permet de couvrir plus de 95 % de la population en cas d’alerte. Mais il reste quelques problèmes techniques à régler. Notamment l’absence de couverture réseau dans certains secteurs ou l’arrivée persistante de messages alors que la diffusion a été coupée.

Par ailleurs la réception fluctue en fonction de la portée de l’antenne, du relief et des conditions météo. Enfin, selon les versions d’android ou d’iOS, les messages apparaissent d’une façon différente, liée aux contraintes imposées par les constructeurs des téléphones. Ce sont les aléas d’une innovation encore récente.

Les citoyens aux manettes

Le projet Alert-kNOW a sollicité les citoyens pour échanger sur le contenu même des messages d’alerte. Cette mise à contribution s’est effectuée de trois manières : organisation d’une vingtaine d’ateliers tout au long de l’année 2024 en France hexagonale et dans deux îles outre-mer, lancement d’une enquête nationale en octobre 2024 et diffusion d’un questionnaire en ligne à l’occasion de la centaine d’exercices préfectoraux réalisés entre mai 2022 et novembre 2024.

Ce sont ainsi près de 50 000 personnes qui se sont exprimées sur le sujet. Une vraie manne, qui a confirmé une méconnaissance du fonctionnement des alertes et l’importance de rédiger une alerte efficace.

Les six ingrédients d’une alerte qui fait mouche

Ce que les citoyens veulent en premier lieu, c’est être prévenus au plus vite, de façon à se préparer le mieux possible à l’événement dangereux. L’efficacité d’une alerte est donc d’abord jugée sur sa rapidité de diffusion. Ensuite, quand on demande aux répondants de quelles informations ils ont besoin en cas d’alerte, ils mentionnent des consignes claires sur la conduite à tenir. Viennent après les détails sur la nature du danger et la localisation des zones concernées.

Enfin, entrent aussi en ligne de compte la confiance dans l’émetteur du message et les éléments de mise en page qui conditionnent la lisibilité. Cette hiérarchie est parfaitement alignée avec les travaux des scientifiques menés depuis des années sur le lexique de l’alerte, aussi bien en France qu’à l’échelle internationale.

Grand public, jeunes, journalistes, élus : une culture de l’alerte à généraliser

La volonté du projet Alert-kNOW était de sensibiliser largement la population. Parmi les ateliers que les chercheurs ont animés, plusieurs étaient à destination de jeunes en classes de première, seconde et primaire. Parmi les cibles du projet figuraient aussi les élus et les médias. Les membres impliqués dans le projet ont ainsi fait travailler des étudiants en école de journalisme pour les former à relayer l’information avec exactitude.

Alerte ou vigilance rouge: les mots ont un sens précis, ils ne recouvrent pas la même réalité, d’où l’importance de les utiliser à bon escient en cas d’urgence. Durant l’atelier, les étudiants devaient également analyser 9 dépêches et résumer ce qui s’était produit et comment la population avait réagi. Puis définir les critères d’une alerte efficace. Les résultats sont en phase avec les invariants identifiés par les citoyens et les scientifiques.

Et maintenant ?

De dix alertes en 50 ans, déclenchées via les sirènes, nous sommes passés à plus de quatre-vingts en 3 ans, avec le dispositif FR-Alert. Il est donc urgent de s’assurer de leur bonne prise en compte. Le travail sur les messages a commencé en 2020, en prévision des JO de Paris. Et il est plus que jamais d’actualité aujourd’hui, avec les intempéries qui découlent du dérèglement climatique et se traduisent par une intensification des phénomènes.

Parmi les suites envisagées pour le projet : travailler à l’échelle de l’Union Européenne et accompagner les autorités sur la structuration de l’alerte. Les chercheurs misent aussi sur la responsabilisation des citoyens touchés lors des ateliers. Ils sont en effet les meilleurs relais pour sensibiliser leurs proches.


Organismes de recherche et partenaires

UMR ESPACE 7300 CNRS 74 rue Louis Pasteur, Case 19 84000 AVIGNON Cedex 1 

UMR CHROME Rue du Docteur Georges Salan 30021 Nîmes Cedex 01

UMR LGP 8591 CNRS 2 rue Henri Dunant 94320 THIAIS

Principaux intervenants

UMR ESPACE – J. Douvinet, P. Foulquier, M. Rakoto, K. Emsellem

UMR CHROME - K. Weiss, B. Gisclard

UMR LGP - D. Grancher

Date de début / Durée

Septembre 2023 - 2 ans

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